La jalousie au sein de la fratrie

05/01/2021

Dans les ateliers que j'anime sur la communication relationnelle en famille, un thème est souvent demandé : celui des relations au sein de la fratrie. Ces relations sont également au cœur de problématiques très fréquemment abordées dans les accompagnements individuels que je propose. Qu'est-ce que la fratrie ? Comment la jalousie fragilise-t-elle les relations ?

Article proposé par Anne Demangeat, accompagnante parentale et familiale, praticienne en communication relationnels (Méthode ESPERE®). (en savoir plus).


Qu'est-ce que la fratrie ?

La fratrie est l'ensemble des relations entre frères et sœurs, et commence dès la naissance d’un deuxième enfant. Qu’elle ne comprenne qu’une seule relation (entre deux enfants) ou trois (entre trois enfants) voire plus, cette fratrie reste un mystère pour les parents qui parfois aimeraient s’immiscer dans chacune de ces relations.

Dans les ateliers, il n’est pas rare qu’il y ait débat autour de la meilleure place dans la fratrie : pour tel parent, c’est celle de l’aîné car c’est lui qui pose la famille et donc lui le plus important, mais pour tel autre la meilleure place est celle du ou de la petit.e dernier.e, car ce sera le plus choyé.e, le/la petit prince.sse de la famille en quelque sorte ; enfin, pour d’autres la meilleure place c’est bien celle du milieu, car c’est celui ou celle qui sera tranquille et sans pression de ses parents, tout en appartenant à la fois au statut « des grands » comme à celui « des petits ». Autour de ce débat chacun y va de son expérience personnelle au sein de sa propre fratrie et amène donc la question de la projection de l’histoire des parents sur la fratrie de ses enfants. Effectivement si je suis l’aînée de ma fratrie, j’aurais tendance à mieux comprendre les problématiques de mon aîné.e surtout si c’est une fille comme moi. Ces projections sont très normales mais sont à prendre en compte dans les relations que nous avons avec nos enfants.


Quelle est l'origine des conflits au sein de la fratrie ?

Parmi les questions récurrentes posées, les parents se demandent comment agir en cas de disputes entre leurs enfants… et surtout comment EVITER les conflits, afin de ramener harmonie et paix dans la famille.

Il est alors nécessaire de rappeler que les conflits ne sont pas forcément une mauvaise chose, bien au contraire, les crises, même si elles sont désagréables à vivre pour les enfants comme pour les parents, sont structurantes et permettent à chacun de se construire et d’apprendre à vivre en société. Tout cela bien sûr quand ces conflits sont ponctuels et trouvent une fin acceptable pour tous.

Dans le cas de conflits plus importants ou systématiques, il convient de trouver quelles en sont les origines. Souvent le point d’origine des frictions se situe dans la jalousie, sentiment complètement logique pour des enfants qui sont en concurrence pour l’amour de leurs parents


Pourquoi les parents peuvent-ils attiser la jalousie entre frères et sœurs ?

Là où elle deviendrait problématique, c’est s’il y a des comparaisons implicites ou explicites entre les enfants qui viennent appuyer sur cette jalousie.

Les phrases du style « je n’ai pas besoin de répéter les choses 10 fois à ton frère, sa chambre à lui est bien rangée ! », « c’est normal que ta sœur ait un meilleur bulletin, tu as vu le temps qu’elle passe à travailler ? »… et bien d’autres encore sur le mode « ton frère lui… » seront à transformer de façon à ce que chaque enfant soit vu pour ce qu’il fait et sur ce qu’il est… en tant qu’Être unique ! Ces comparaisons, nous en mesurons tous en tant que parents les effets dévastateurs qu’elles peuvent avoir à court terme : diminution de la confiance en soi et surtout aggravation de la jalousie déjà naturellement existante entre frères et sœurs, mais qu’il est inutile d’accroître. Bien des disputes sont exacerbées par ces comparaisons entendues et répétées au cours du temps et qui finissent par convertir, de façon inconsciente mais bien pérenne, les relations fraternelles en relations de rivalité pure et simple.

A long terme, ces rivalités fraternelles peuvent en plus abîmer les futurs adultes en devenir, en leur donnant l’habitude de fonctionner uniquement sur le mode de la comparaison, forcément insatisfaisante, dans le domaine amical, le monde du travail…


Comment l'éviter ?

Que faire alors quand l’envie nous démange de prononcer « tu ne ranges jamais ta veste, je n’ai pas besoin de le répéter 36 fois à ton frère ! » lorsque notre Kévin d’amour a encore laissé traîner son blouson dans l’entrée au lieu de le suspendre au porte-manteau comme les autres enfants ? Le mieux est alors de se focaliser sur le fait concret et de s’en tenir là : idéalement, en exprimant notre ressenti du moment « je suis contrariée de voir cette veste par terre » ; il est également possible de nous focaliser sur le fait positif « je suis heureuse de voir les vestes accrochées », sans tomber dans le piège de la comparaison positive du type « bravo à toi Quentin tu as accroché ta veste, tu es tellement plus ordonné que Kévin ! », car cela reste une comparaison, et même positive, cette comparaison sera lourde à porter pour Quentin qui devra rester sans arrêt à la hauteur de la comparaison, tout en étant porteur de culpabilité vis-à-vis de Kévin. 

Il est en effet essentiel de prendre conscience de l’effet nuisible de ces comparaisons et, au sens large, de toutes les étiquettes que nous pouvons accrocher sur nos enfants. Mettre nos enfants dans des cases est une tendance que nous parents avons : Romain l’intello et Chloé la farceuse ou bien le gentil Baptiste et son frère Matéo le sportif… Là encore tout cela est très normal, car nos enfants sont différents avec des aptitudes distinctes, mais il sera important de porter notre attention sur la généralisation et l’étiquette apposée. Car cette dernière peut dans le meilleur cas enfermer nos enfants dans leur case, voire au pire les stigmatiser dans un comportement plus négatif : Léo le bagarreur ne saura pas sortir de son étiquette puisque c’est ainsi qu’il existe aux yeux de ses parents.


Pour conclure ...

Bien évidemment, tout cela est bien plus facile à lire qu’à mettre en place et les prises de conscience ne suffisent pas toujours à changer de mécanisme. Pousser la porte d’un atelier de parentalité peut être alors un déclic et une aide précieuse, car la force et le soutien du groupe sont motivants et déculpabilisants. Un appui plus spécifique peut également s’avérer extrêmement bénéfique pour améliorer les relations au sein de la fratrie. Il est alors possible pour le parent qui vient consulter en méthode Espere® par exemple de voir les mécanismes du système relationnel problématique et de repartir avec des outils concrets de communication. (Découvrir la méthode ESPERE® en cliquant ici)

Cela permet ainsi aux parents de redevenir pleinement acteurs, conscients de leur responsabilité, et de proposer à leurs enfants des relations plus fluides et apaisées. Il est bien clair que la famille idéale que nous vendent les publicités Ricoré ou Kinder est un leurre, mais une famille, où respect et tolérance entre frères et sœurs se vivent au quotidien, est une construction permanente. De cette construction, les parents, attentifs, en sont les architectes.

Anne Demangeat, accompagnante parentale et familiale, praticienne en communication relationnelle (Méthode ESPERE®)


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