Les devoirs : qu'est-ce qui se joue pour moi quand mon enfant a des difficultés à l'école ?

04/05/2021

Comment gérer les devoirs avec des enfants à besoins spécifiques ? Pascale Léger partage sa propre expérience de mère, dans son quotidien avec ses deux filles, deux enfants dyslexiques en difficulté à l'école. Comment gérer ? Comment accompagner ? Comment prendre du recul et éviter les conflits ...

Par Pascale Léger, enseignante spécialisée devenue coach scolaire et accompagnante parentale à Voulx (77).


"Rester calme, ne pas s'énerver, les devoirs vont bien se passer ..."

Déjà le temps qui a été nécessaire pour qu'il accepte de s'y mettre a réussi à altérer furieusement ma patience ! Pourquoi faut-il chaque soir développer une telle énergie, pour que mon enfant fasse ses devoirs !?! Pourquoi un exercice qui devrait durer cinq minutes, prend-il une demi-heure ? Pourquoi je sais toujours mieux que lui, ce qu’il a à faire ? Pourquoi n’a-t-il jamais les bonnes affaires ou le bon cahier pour travailler ? Pourquoi faut-il toujours que je lui réexplique ce qu’il est censé avoir déjà appris en classe ? Pourquoi je n’arrive pas à rendre ce moment plaisant, convivial et joyeux ?

Je le sens bien, mon enfant n’y arrive pas aussi bien que les autres à l’école. C’est difficile pour moi de le voir autant « ramer ». J’essaye bien de « lui tenir la tête hors de l’eau » pour lui éviter la noyade. Mais ça semble aussi difficile pour lui que pour moi ! Nous commençons à appréhender la « galère » des devoirs avant même qu’il en soit question… ça monte gentiment dès l’heure du retour à la maison : déjà, l’interrogatoire en règle de la pause goûter. Ça a été aujourd’hui ? As-tu réussi à faire tout ce que la maitresse t’a demandé ? Y-a-t-il quelque chose que j’ai besoin de te réexpliquer ce soir ? Beaucoup de devoirs pour demain ? Des leçons à apprendre ? Et là, c’est le drame ...

Toutes mes meilleures intentions volent en éclat devant ses difficultés. J’ai d’ailleurs vite fait de les analyser comme étant de la mauvaise volonté, voire de la fainéantise : « Tu pourrais faire un effort quand même !".  Mais non en fait il ne peut pas, même s’il le voulait. C’est trop fatigant pour lui de faire encore un effort intellectuel : après toute une journée à travailler à l’école, il faudrait en plus remettre ça le soir !?! Je sais que je lui en demande trop. D’autant plus qu’il y a un enjeu affectif entre nous qui rajoute du stress à la maison. Toutes mes tentatives pour le soutenir ne sont même plus vaines, elles deviennent carrément contre-productives ! Sans le vouloir, mon envie de l’aider se transforme en une malheureuse manœuvre de surcharge cognitive…

Au lieu de profiter de ce temps que je lui consacre pleinement, il le redoute (et moi aussi d’ailleurs !).  Je le renvoie toujours à son incompétence et ça m’angoisse prodigieusement : je me sens totalement démunie, ne sachant plus quoi faire pour détendre la situation qui se répète chaque jour. Même le relai avec son père est compliqué, car j’ai l’impression que ça l’embrouille encore plus… La maitresse n’a pourtant pas l’air trop inquiète. A chaque rendez-vous elle me rassure. Sans doute sent-elle à quel point l’enjeu est important pour moi ? C'est intéressant de voir ce que ça vient réveiller chez moi : peur de l’échec ? Peur de ne pas réussir à apprendre comme les autres ? Peur de rater les évaluations, de redoubler, ou pire d’être exclu ? Peur d’être rejeté comme le mauvais élève de la classe ? Peur d’être moqué, humilié par les autres ? Peur d’être injustement traité par les profs ou par les camarades ?...

Voici ce qui m’a traversé pendant toutes les années d’école avec mes filles, jusqu’à la fin du collège : toutes les deux avec une dyslexie plus ou moins sévère, et avec une mère professeure des écoles spécialisée dans les troubles des fonctions cognitives (Dys, TDHA, TSA, HP…) ! Je revivais chaque soir à l’heure des devoirs, ce que je traversais avec mes élèves au quotidien, mais avec la fatigue de ma journée et l’enjeu affectif en plus ! Difficile pour moi d’accepter qu’elles soient concernées elles aussi par ce handicap. Pourtant ce n’est plus à prouver : il y a bien un facteur héréditaire dans ce type de troubles, et leur père en a souffert lui aussi pendant toute sa scolarité. Maintenant ça peut encore le gêner, mais il a su compenser au maximum ses difficultés. Et ça devrait me rassurer car je constate qu'on peut très bien réussir dans sa vie, malgré cette particularité qui rend si laborieux les apprentissages scolaires.

Et puis je connais bien les adaptations qui peuvent faciliter la vie à l’école des enfants dyslexiques. Mais les enseignants ne sont pas toujours au fait des techniques aidantes à mettre en œuvre : polices d’écriture à éviter, agrandissement et aération des textes, allégement des contenus (pas trop de déco) et séparation des exercices, difficulté à prendre des notes, utilisation aidante de l’ordinateur pour écrire, favoriser l’oral dès que possible…). Il n’empêche que cela rend l’apprentissage tellement plus couteux pour les enfants à besoins spécifiques. Pas la peine de rajouter l’enjeu des devoirs en plus.


Alors comment faire autrement ?


Déjà s’intéresser plus au vécu de l’enfant qu’à ses propres peurs de parent : quelle surprise de constater que jamais mes filles n’ont ressenti les émotions que je projetais sur elles. Sur le plan relationnel par exemple, elles ont été heureuses de retrouver leurs camarades préférées à l’école et au collège. Elles ont « tenu le coup jusqu’en troisième » en apprenant des matières qui ne leur parlaient pas beaucoup, car elles savaient qu’elles pourraient ensuite choisir une option professionnelle plus concrète, qui valoriserait d’autres compétences. Avec le temps, j’ai compris qu’elles avaient besoin de faire un apprentissage qui aurait plus de sens et qu’il était urgent pour elles « de faire des choses avec leurs mains ». Elles ont décroché leur bac pro toutes les deux, l’une en couture et l’autre en aménagement paysager, et elles ont préféré intégrer le monde du travail à la sortie du lycée sans difficulté.

Au lieu de développer des relations conflictuelles de plus en plus tendues entre nous, elles m’ont appris ce qui comptait le plus pour elles : leur faire confiance, en les laissant plus autonomes dans leurs devoirs. J’ai dû apprendre le difficile lâcher prise, qui permet à nos enfants d’exprimer le meilleur d’eux même. Au lieu d’être active dans le suivi de leur scolarité, je me suis mise davantage à leur disposition pour les aider quand elles en éprouvaient le besoin. La surdose de stress quotidien après la classe à totalement disparu. J’ai reçu une belle leçon de mes filles, en les observant grandir à leur rythme et dans leurs champs de compétences, puis s’épanouir malgré ce handicap invisible. C’est pourtant grâce à lui qu’elles ont pu développer d’autres talents : elles sont devenues de belles jeunes femmes inspirées, créatives, avec un esprit critique et montrant d’excellentes qualités relationnelles et d’adaptation. Je crois que cela ne s’apprend pas suffisamment à l’école aujourd’hui, alors que c’est pourtant de ça dont le monde a besoin.


Pour conclure, une petite vidéo : "Détendez-vous avec les devoirs !"


Pascale Léger, enseignante spécialisée devenue coach scolaire et accompagnante parentale, à Voulx (77).


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